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Le 8
juillet on apprenait de l'agence de presse chinoise
Xinhua qu'"Obiang Nguema a été investi candidat de
son Parti démocratique de Guinée Equatoriale (PDGE)
pour l'élection présidentielle prévue en 2009".
Ajoutant que le dictateur venait d'être élu candidat
"unique et naturel" à la tête du parti quasi
unique pour un nouveau mandat de cinq ans, Xinhua
conclut: "Malgré la manne pétrolière qui se déverse
depuis les années 1990 sur le pays,
aujourd'hui 3e producteur de brut d'Afrique
subsaharienne, l'essentiel de ses habitants continue
à vivre dans la pauvreté". L'étude de
l'économie pétrolière de Guinée Equatoriale d'un
politologue de l'Université de Berkeley (African
Studies Quarterly, Université de Floride,
printemps 2006) confirme qu'Obiang Nguema, après
avoir mis fin, en août 1979, au régime de
terreur de son oncle Macias Nguema, persévère avec
l'Etat policier et l'appareil dictatorial
installés en 1969. Obiang Nguema se maintient
en place avec son clan Esangui qui monopolise le
contrôle total du pays. Les organisations de
défense des droits de l'homme le citent comme un
des pires dictateurs de la planète, soulignant les
viols grossiers des droits de l'homme et les graves
restrictions des libertés civiles et
politiques. "Sous Obiang Nguema, la Guinée
Equatoriale est devenue un État criminel
classique" où se multiplient les comportements
illicites.
Des ONG comme Amnesty International, Reporters sans
frontières et Global Witness persistent à
dénoncer les conditions pitoyables que connaît le
peuple équato-guinéen : arrestations et déten-tions
arbitraires, morts en détention et actes de
torture, disparitions, homicides illégaux, procès
politiques inéquitables, etc. En juillet 2006,
Reporters sans frontières faisait le portrait
suivant du dictateur : "Dans le 'Koweit de
l'Afrique', rien ne bouge. Depuis 1979, Teodoro
Obiang Nguema, réélu en 2002 avec 97,1% des voix,
dirige d'une main de fer le seul pays hispanophone
du continent.
Après avoir acheté ou envoyé en prison les opposants
les plus sérieux en 2002, il continue de
mettre au pas une presse déjà très affaiblie par un
marché agonisant. Les médias d'État sont à sa botte.
En juillet 2003, la Radio nationale a affirmé
qu'il était "le dieu de la Guinée équatoriale" et
pouvait "décider de tuer sans que personne ne lui
demande des comptes et sans aller en enfer". Ces
commentaires étaient corroborés par une déclaration
du 14 juin 2006 au journal camerounais Le Messager
de l'ambassadeur d'Allemagne, Volker Seitz,
accrédité au Cameroun, en RCA et en Guinée
Equatoriale: la Guinée Equatoriale n'a pas été en
mesure de répondre au gouvernement allemand à propos
des questions sur les détentions de divers
prisonniers. Tout en soulignant l'intérêt de
quelques infrastructures facilitées par l'argent du
pétrole, le diplomate relève que "la majorité de la
population continue à vivre dans la misère. Pour
elle, la découverte du pétrole n'a rien changé".
Ces divers éclairages sont confirmés par le récent
livre de l'anthropologue africaniste espagnol Albert
Sánchez, Payasos y monstruos, dans lequel figurent
Obiang Nguema et Macias Nguema, aux côtés d'autres
personnages grotesques comme Idi Amin Dada
(Ouganda), J. B. Bokassa (RCA), Mobutu (Zaïre), etc.
Sánchez montre qu'au début des années 90 Obiang
Nguema était sur le point de tomber sous le
mécontentement populaire et clanique, sans
oublier la perte de crédibilité internationale; mais
la découverte d'abondants gisements de pétrole
l'a sauvé. Selon Sánchez, l'Europe, et
particulièrement l'Espagne, sont responsables de
l'arrivée au pouvoir des Macias et Obiang en
raison de leur passivité, et pour avoir accepté en
août 1979 le leurre du "Coup d'État de la
Liberté" d'Obiang Nguema, qui ne faisait en
fait que reconduire le régime antérieur. Selon
Catholic World News, fin 2005, "son Gouvernement est
autoritaire, avec les postes gouvernementaux
les plus importants détenus par des parents. Il a
été reconduit au pouvoir trois fois, sans
jamais affronter une opposition sérieuse".
Milieu août 2006, le nouveau gouvernement de 59
ministres et secretaries d'État (soit un magistrat
pour moins de 10.000 habitants) désigné par
Obiang Nguema (pratiquement tous de son parti quasi
unique) confirme ce pouvoir clanique, avec,
notamment le frère Antonio Mba Nguema chargé de la
Défense, l'oncle Manuel Nguema Mba, chargé de la
Sécurité nationale, sans oublier fils et
autres cousins et beaux-fils.
Après la mise en valeur d'un premier gisement par la
société américaine Walter, vite vendue à
ExxonMobil, ce fut la ruée des pétroliers de
Houston, d'une part parce que dans le Golfe de
Guinée ils échappent aux troubles du Moyen-Orient,
d'autre part parce que, hormis le Nigeria, on y
évite le contrôle de l'OPEP. A ce jour, les
ExxonMobil, Chevron, Marathon, AmeradaHess,
Total, Shell, etc. ont investi plus de cinq
milliards de dollars dans les hydrocarbures du
Golfe.
Heureux du statut de quasi protectorat américain de
son pays, Obiang Nguema s'est montré lâchement
arrangeant en matière de partage des revenus du
pétrole et du gaz: alors que la norme des revenus
des pays producteurs oscille entre 45 et 90%
du total, la Guinée Equatoriale se contente de
15-30% des ventes. Non seulement le pays est floué
d'une part importante des richesses du
sous-sol, mais encore les "modiques" revenus restent
en mains du clan au pouvoir. Facile alors pour
les pétroliers américains de se montrer généreux via
des projets d'aide. Lors du scandale de l'américaine
Riggs Bank (Washington), révélé par une enquête du
Sénat suite à une dénonciation du journaliste
d'enquête K. Silverstein, en 2004, est apparu le
fait que cet établissement - fermé depuis lors -
abritait tant les fonds détournés par Pinochet
(13 mio de $) que par Obiang Nguema et les siens,
versés par les compagnies pétrolières de Houston
(700 mio de $).
Les fonds déposés à la Riggs ont été ventilés vers
d'autres banques, au Royaume-Uni et en Espagne. Mais
les ExxonMobil, Marathon, etc continuent à
servir à la bande nguemiste l'essentiel des revenus
pétroliers du pays après avoir signé avec elle
un accord de discrétion sur leurs intérêts communs.
Dans un rapport de mai 2006, le FMI a jugé une fois
de plus que "Malheureusement, cette richesse
n'a pas conduit à une amélioration des conditions de
vie des Equatoguinéens, dont la majorité n'a
toujours pas accès à l'eau potable". Pas étonnant
donc que dans le classement des 100 dirigeants les
plus riches de la planète, établi en février 2006
par la revue new-yorkaise Forbes, la fortune
d'Obiang Nguema approche celle de la reine
d'Angleterre.
De quoi éveiller des convoitises. En mars 2004 a eu
lieu une tentative de renversement d'Obiang Nguema
pour accaparer le pétrole. Des membres de
l'establishment britannique, hommes d'affaires,
politiciens, cadre de l'Union européenne, ainsi que
Marc Thatcher, fils de l'ex premier ministre, se
sont appuyés sur soixante-dix mercenaires
sud-africains et anglais. Ce que l'on appelle
maintenant The Wonga Coup (Wonga = argotiquement,
membre argenté de la bonne société) est décrit
dans un livre que vient de publier l'auteur
britannique Adam Roberts. Le coup a échoué grâce à
la vigilance des services secrets sud-africains, qui
ont permis l'arrestation des mercenaires à
Harare (Zimbabwe) lors de l'escale de leur avion,
ainsi qu'à Malabo. Début août 2006, l'agence
de presse espagnole EFE a relaté le voyage à Londres
du Procureur de la République et du ministre des
Affaires étrangères de Guinée Equatoriale pour
protester contre les lenteurs de l'enquête de la
police britannique. Reste que l'intérêt britannique
pour la Guinée Equatoriale subsiste, avec le
lancement d'une liaison aérienne hebdomadaire
Londres-Bata par la nouvelle compagnie JetAir, en
juillet.
Le dictateur Obiang Nguema oscille entre Mr Jekyl et
Dr Hyde, notamment par d'occasionnelles mesures de
grâce servant a souligner sa magnanimité, que
l'opposition qualifie d'actes de propagande, en
libérant quelques prisonniers le plus souvent
incarcérés sans acte d'accusation, ce qui a été le
cas en juin dernier. Parmi eux, figure aussi le
militaire qui a tué, aux abords de Mongomo, le fief
d'Obiang Nguema, une jeune coopérante espagnole
venue pour une brève mission durant ses vacances
d'été. Côté compagnies pétrolières, diverses
opérations publicitaires visent à marquer leur
générosité, comme ExxonMobil, par la lutte
anti-malaria, ou en juillet 2006 ce "don" de
20 millions de dollars d'AmeradaHess pour
l'amélioration de l'enseignement primaire, en plus
du financement, depuis des années, des études aux
USA des enfants des notables du régime. Face à ces
opérations,les efforts espagnols d'aide à
l'enseignement ou de lutte contre l'onchocercose
endémique sur l'île de Bioco (ex Fernando Poo) font
pâle figure.
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Teodoro Obiang Nguema:"You
are
a good friend and we welcome you." |
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En avril 2006 à Washington, Obiang Nguema a été
accueilli pour un petit déjeuner avec le président
Bush, puis par la Secrétaire d'Etat Condoleezza Rice,
ce qu'un éditorial du Washington Post a qualifié de
"moment sans gloire". D'autres critiques sont venues
de nombreux médias et du Sénat. Le Washington
Post dit de l'hospitalité accordée au dictateur
équatoguinéen qu'elle "est probablement la
récompense pour le généreux traitement des
firmes pétrolières des USA". Il faut se rappeler
qu'avec le vice-président Dick Cheney, Madame
Rice est une transfuge des milieux pétroliers. Lors
de la Conférence de presse, la ministre a
remercié Obiang Nguema de sa visite, le
qualifiant de "bon ami des Etats-Unis"
(photo). A quoi le dictateur a
répondu : "Nous sommes extrêmement
satisfaits et espérons que nos relations
vont continuer de croître en amitié et
coopération". |
Pourtant, en novembre 2005 déjà, l'agence de presse
Afrique Centrale constata que "le gouvernement se
méfie des compagnies américaines"; de sorte que les nguemistes intensifient leurs relations avec la
Chine populaire et la Corée du Sud, où le ministre
des Affaires étrangères, Pastor Micha Ondo Bile
vient d'obtenir en juillet 2006 de sérieux
renforcements des relations bilatérales. Ainsi, en
août on a annoncé qu'une quinzaine de sociétés
chinoises vont construire 10.000 logements
dans diverses localités du pays. Madame Rice semble
n'avoir pas lu le rapport sur les Droits de l'Homme
et la Démocratie issu de son Département le 5 avril
2006, qui rappelle que la Guinée Equatoriale est
nominalement un
État multipartis, mais où le parti
d'Obiang Nguema "domine toutes les sphères du
Gouvernement".
Les élections présidentielles
et législatives sont viciées par de vastes fraudes
et par l'intimidation. En matière de droits de
l'homme, le Gouvernement continue à commettre
ou tolère de sérieuses infractions. Sans oublier ce
trafic d'enfants esclaves, dénoncé par un
rapport de juin. De tristes réalités répétées
depuis de longues années. La revue IciCémac a
souligné début juillet :
"Chez Teodoro Obiang
Nguema les années passent, mais rien ne
change". A quoi l'agence de presse Afrique Centrale
vient d'ajouter :
"Le miracle guinéen n'est
pas pour demain", en particulier pour une population
qui continue de vivre avec 1 $ quotidien, et qui
manque d'eau potable, avec les ravages sanitaires
que l'on imagine. Une population à laquelle le
dictateur a montré le 3 août 2006 - au 27e
anniversaire de son coup d'Etat - son niveau de
stupide sollicitude et son talent mensonger. Un
correspondant de l'Agence France Presse a
signalé qu'Obiang Nguema a demandé au
gouvernement d'augmenter les prix de l'alcool afin
de le réserver aux "gens riches"
et d'empêcher
les "pauvres" de boire, car ils "n'ont pas de
raison" de le faire. La Radio nationale a complété
avec les propos suivants du généreux despote :
"Il faut en finir avec les vices, surtout l'alcool;
ce que l'on voit le plus dans nos villes
aujourd'hui, ce sont des soûlards.. En Guinée
Equatoriale il n'existe pas d'extrême pauvreté, il
existe ce qu'on appelle la pénurie, et la
pénurie est propre à la mentalité des gens. Si les
gens ne savent pas vivre, ils vivent dans la
précarité. En Guinée équatoriale aujourd'hui.
tout le monde vit bien". Une semaine plus tard le
gouvernement démissionnait in corpore, avec ses 51
cadres.
Dans l'étude de l'économie du pétrole, citée plus
haut, l'auteur estime que "le sous-développement,
l'instabilité et le pouvoir autoritaire pourraient
tous être atténués en partie avec une modification
de la politique étrangère des USA dans la région,
notamment en imposant des contrats pétroliers
conditionnés par des changements politiques, et en
orientant soigneusement des changements. Mais rien
de tel à l'horizon : Les fonds déposés à la Riggs
ont été ventilés vers d'autres banques, au
Royaume-Uni, en Espagne et en Afrique du Sud.
De récentes enquêtes publiées par le Harpers
Magazine (New York), le 9 août, attestent que des
fonds équatoguinéens ont nouvellement été
déposés aux USA, dans la Independence Federal
Savings Bank, avec l'appui de cadres du Département
d'Etat. Le gros des dépôts, selon de FMI, se
trouverait toutefois dans deux établissements
bancaires offshore. De sorte que la Guinée
Equatoriale va persister dans la voie habituelle de
sa criminalité, corruption et autocratie. Les
choses iraient-elles mieux avec une plus juste
rémunération des ventes de pétrole par les
compagnies américaines ?
Un rapport de l'OCDE du 29 juin 2006, classant une
centaine de pays en matière de degré de
corruption dans le financement des crédits à
l'exportation confirme que la cleptocratie d'Obiang
Nguema atteint le degré maximal d'absence de
fiablité. Pas étonnant que le taux de croissant du
PIB soit passé de plus de 30% en 2004 à 9% en
2005. Voici qui témoigne de l'absence de
rigueur dans la collecte des recettes de l'or noir
et, comme le notait la revue française Jeune
Afrique en février 2006, du manque de transparence
dans la gestion et de l'absence de rationalité dans
les dépenses.
Le capitalisme familial du clan Obiang Nguema,
d'une part, l'aveuglement pétrolier du clan Bush,
d'autre part, sont les fauteurs de la misère du
peuple équato-guinéen.
Max Liniger-Goumaz
J'avais propose aussi, pour un éventuel encadré, ce
court texte suivant :
"President Bush launched an initiative this month to
combat international kleptocracy, the sort of
high-level corruption by foreign officials that he
called "a grave and corrosive abuse of power" that "threatens
our national interest and violates our
values." The plan, he said, would be "a critical
component of our freedom agenda."
Peter Baker, "With Kazakh's visit, Bush Priorities
Clash : Autocrat Leads an
Oil-Rich Country". Washington Post. August 29, 2006. |
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